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Prospective - Et si le numérique était une chance pour les fournitures de bureau classiques ? 

2 months, 2 weeks ago

L’un avec l'autre, mais pas l’un contre l’autre ; la radio n’a pas tué les journaux papier, la télévision n’a pas tué la radio...  Et il en va de même dans ce nouveau monde pour les fournitures de bureau versus les outils numériques. Encore faut-il y croire et le vouloir, mais les faits sont là ! Décryptage. 

(en photo) Arnaud Gueguen du The Shift Project 

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Et si la percée spectaculaire et inéluctable des outils numériques au travail représenterait, finalement, une chance pour les fournitures de bureau traditionnelles ? La question peut sembler provocante, voire incongrue… Quoique. L’idée ici est de démontrer que ces deux mondes, le digital d’un côté, le "classique” de l’autre, ne sont pas opposés mais au contraire complémentaires.  Qu’il existerait une nouvelle passerelle entre ces deux mondes laquelle existe depuis longtemps mais restée jusqu’à présent dans un brouillard londonien, aujourd'hui dissipée. Cette passerelle a pour nom l’écologie… Explications.  A l’occasion de l’assemblée générale de la fédération EBEN en juin dernier,  Arnaud Gueguen du The Shift Project a mis en lumière les impacts environnementaux du numérique, et se posait la question  suivante : « Comment déployer une sobriété numérique ? » Pour information, The Shift Project est une association française créée en 2010, un laboratoire d'idées qui s'est donné pour objectif l'atténuation du changement climatique et la réduction de la dépendance de l'économie aux énergies fossiles. 

Le danger est là

Nous sommes face à une accélération du réchauffement climatique. Là où il fallait 100 000 ans pour voir la température grimper de 5°, il  n’a fallu que 10 000 ans pour connaître une telle hausse durant notre ère.  Une accélération qui, osons cette anaphore,  s'accélère ces dernières décennies avec le déploiement des outils numériques. Que ce soit un téléphone portable dernier cri,  un ordinateur portable ou non,  les data center et autres outils, tous ces  univers pour être créés et fonctionner ont besoin des terres rares. 

« Celles-ci sont limitées  et nous arrivons dans un moment de bascule. Il existe aujourd’hui une réelle menace sur nos ressources. Le numérique a un impact certain sur les ressources et le changement climatique », souligne Arnaud Gueguen. Discours qu'il était inenvisageable d'entendre voilà cinq ans.  Du reste,  pour ce spécialiste, mais également pour bon nombre d’acteurs économiques,  les industriels font face aujourd’hui à des difficultés d'approvisionnement du fait d’une forte reprise de l’activité mais demain ils seront confrontés à des problèmes d’approvisionnement... de matières premières,  aussi bien  pour les minerais classiques que pour les terres rares.  Et de rappeler que pour cent kilos extraits de minerais,  100 kilos de déchets sont produits,  « sans parler de l’exploitation des enfants », rappelle-t-il à juste titre. Et d’ajouter que certains smartphones réalisent au final vingt fois le tour du monde pour être fabriqués et utilisés, tant les composants étant éparpillés à travers notre planète. Mais une fois l’outil numérique opérationnel, il faut ensuite le brancher. Selon Arnaud Gueguen, environ 10 % de l’électricité mondiale serait utilisée par les outils numériques, pourcentage qui ne cesse d’augmenter.  

Envoyer un mail à une personne distante de 20 m… 

Le numérique dématérialisé compte actuellement quelque 5 milliards de téléphones, trois milliards d'ordinateurs, et environ 60 millions de serveurs pour animer le Cloud… « Les usages de ces outils, notamment depuis le début de la pandémie, ne cessent de s’accroître.  Certes, de l’électricité verte existe, comme les panneaux solaires, mais il y en a encore trop peu par rapport aux besoins et nous construisons toujours des centrales à charbon et au gaz à travers le monde », poursuit Arnaud Gueguen. Et d’ajouter aussitôt en mettant des guillemets à ses propos : « En France, nous avons la chance d’avoir le nucléaire… » Discours qu'il était inenvisageable d'entendre également voilà cinq ans. Le monde change,  le monde évolue. Même si un courriel est envoyé sans pièce jointe d’un bureau à un autre au sein d’une même entreprise, il  polluera nettement plus qu’une personne se déplaçant pour aller à la rencontre de son collègue situé à l’étage d’en-dessous. Car la plupart des mails envoyés en France passent par des serveurs installés à l’étranger, voire au-delà de l’Atlantique, d’où pollution, etc. A tout cela, il faut ajouter la fin de vie de ces produits numériques. « Environ 80 % d’entre-eux terminent dans une décharge à ciel ouvert,  constate non sans amertume (à  juste titre) dans la voix le représentant de The Shift Project. Nous jetons et on ne recycle pas, ou si peu… » 

C’est de l’écolonomie responsable… 

Sur cette question du recyclage,  il existe là une véritable opportunité de développement pour les fournituristes de bureau et les enseignes de proximité : d’une part, être les aiguillons pour que se créent de véritables filières des outils numériques selon les catégories, ce qui,  au passage,  montrera l’engagement des acteurs de notre filière dane la RSE auprès de leurs clientèles finales,  et,  d’autre part de devenir ensuite, voire en même temps, les collecteurs de références de ces produits. Certains le font déjà.  L’écologie aussi respectable et nécessaire soit-elle, et elle l’est,  est aussi aussi une affaire économique et de marketing. C’est l’écolonomie responsable si l’on peut employer un tel néologisme.  Mais là, finalement, n’est pas le plus important dans le sens que cela n’ajoutera qu’une branche, certes importante, à l’activité des acteurs de notre profession et non des arguments pour justifier de l’intérêt de continuer à utiliser des fournitures de bureau classiques. Poursuivons. 

« Entre 3 et 4 % des émissions de CO2 dans le monde sont émis par les outils numériques, souligne Arnaud Gueguen, soit deux fois plus que celles émises par les avions, ce qui va contre les idées reçues. » Comme celle, également, qui prétend que la France pollue la planète, alors que notre pays n’est responsable que de 1 % des émissions à effets de serre… mais c’est un autre histoire.  Et le représentant de The Shift Project d'enfoncer le clou : « Le numérique n’est pas essentiel à la transition écologique ! » Entendons-nous bien ;  il ne s’agit pas ici de retourner à l'âge de pierre, aux toilettes sèches et autres joyeusetés émises par certains partis politiques.

Pour Arnaud Gueguen, il s'agit de savoir comment se servir de manière judicieuse et parcimonieuse des outils numériques et de les remplacer quand cela est naturellement possible par d’autres outils, autrement dit, par les fournitures de bureau traditionnels.  Pour cet écologiste éclairé, que l’on pourrait qualifier de constructif, tout dépend au final du contexte. Et de donner cet exemple :

Vers des usages raisonnés et raisonnables des outils numériques

« Une personne travaillant dans un bureau doit-elle envoyer sa facture à son fournisseur en papier ou en version numérique ?, s’interroge-t-il. Le papier est préférable mais tout dépend des usages et des paramètres.» Il nous invite là à une véritable révolution de paradigme… sommes-nous prêts ? « Tout est question du nombre. Une lettre papier ou 10 000 courriels ? Tout doit-il être véritablement connecté ou ne peut-on pas garder un peu de filaire entre les outils ? Les vidéos et les webinaires sont également un vrai problème. » Ils nous faut tendre vers des usages raisonnés et raisonnables des outils numériques et cela au nom de la préservation de nos ressources, question qui dépasse naturellement celle du monde du travail,  et ainsi utiliser des articles de bureau classiques et écoresponsables à bon escient.  C’est, à travers cette intervention, une réhabilitation des outils classiques du travail. Aux départements marketing des distributeurs et des industriels à mettre cela en musique.  Quoi qu'il en soit,  un discours peu commun qui méritait bien, nous semble-t-il, une mise en avant. Ce n’est pas tous les jours qu’un écologiste pragmatique préconise comme solution de rechange aux outils numériques, quand cela est possible, les fournitures de bureau classique et cela au nom de la préservation de la planète...

F. L.