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Mobilier - Valdelia et la loi Agec - Pour un rapprochement des acteurs de l’ESS et des distributeurs spécialisés

4 months, 2 weeks ago

Dans le cadre de la loi Agec, les commandes publiques de mobilier doivent contenir quelque 20 % de matériel recyclé. Un nouveau débouché pour les meubles usagés et les acteurs de l'économie sociale et solidaire, à condition que les revendeurs ne soient pas mis de côté…  

(en photo) Arnaud Humbert-Droz,  président exécutif de Valdelia

valdelia

 

Comme chacun sait,  depuis le début de l’année s’applique la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, dite loi Agec. Officiellement,  elle entend « accélérer le changement de modèle de production et de consommation afin de limiter les déchets et préserver les ressources naturelles, la biodiversité et le climat ». Cinq grands chantiers sont ainsi mis en place au fur et à mesure : sortir du plastique jetable ; mieux informer les consommateurs ; lutter contre le gaspillage et pour le réemploi solidaire ; agir contre l’obsolescence programmée ; mieux produire. La loi a comme objectif, par exemple, de favoriser le vrac pour réduire les emballages, voire d'atteindre le zéro plastique à usage unique d'ici à 2040. Le mobilier de bureau est également impacté par cette nouvelle loi et tout particulièrement les achats publics. Ainsi, environ 20 % du mobilier se doit d’être recyclé/surcyclé lors de la passation d’une commande… Deux précisions importantes. D’une part, aucun autre pays européen n’a adopté une telle mesure pour ses achats publics ; Agec est une initiative franco-française. D’autre part,  ce pourcentage de meubles recyclés ne devrait pas augmenter dans les prochaines années. Du moins,  c’est ce qui ressort des propos de Arnaud Humbert-Droz,  président exécutif de Valdelia, éco-organisme chargé de la collecte, de la réutilisation et du traitement du mobilier usagé auprès des entreprises, lors d’un webinaire organisé peu avant l’été par la fédération EBEN et intitulé « Quelles solutions pour le mobilier usagé ? »

Devenir un facilitateur.. 

« La loi Agec encourage l’économie circulaire chez les donneurs d’ordre, souligne avec satisfaction le président exécutif.  Il existe aujourd’hui de fortes demandes pour des aménagements d’espace hybride,  la rénovation et la transformation de mobiliers existants et l’introduction de matière de réemploi dans les produits. Ces demandes n’existaient pas auparavant et le rôle de Valdelia est de devenir un conseiller. » Le défi est en effet le suivant : l’économie circulaire dans le mobilier englobe beaucoup de PME/TPE et cela dans le cadre de l’économie sociale et solidaire (ESS). Ce concept rassemble une myriade de sociétés organisées sous forme de coopératives, de mutuelles, d’associations… Et l’écueil est de voir ces petites structures vendre en direct aux acheteurs publics au nom de la proximité et cela au détriment des revendeurs spécialisés en mobilier de bureau. Une nouvelle concurrence en somme risque de voir le jour. 

Le rôle, le défi pourrait-on dire, de Valdelia est donc de s’imposer comme un interlocuteur indispensable entre l’ESS et les donneurs d’ordre en leur démontrant ce qui est bon ou non dans les offres, quelles sont les PME de l’ESS dignent de ce nom,  et pourquoi doivent-ils s’adresser à un distributeur professionnel afin de garantir la qualité et l’assurance de leurs achats.  « L’éco contribution de Valdelia est là justement pour accompagner et adapter le marché à ces nouvelles évolutions, constate Arnaud Humbert-Droz. Notre rôle est aussi d'accompagner les distributeurs de mobilier de bureau pour monter en compétences.» Ces derniers devront donc référencer les produits des ESS pour éviter les ventes directes, sachant que la demande publique pour ce type d’article recyclé existe. Autrement dit, Valdelia se présente comme un tiers de confiance, un régulateur du marché en quelque sorte.

Un label en cours de création 

(en photo) Une création Atelier Extramuros, issu de l’économie sociale et solidaire

Ce nouveau schéma ESS-distributeur-acheteur public a aussi pour vocation de contrer peu ou prou les enseignes grand public qui seraient tentées d’investir le monde de l’économie sociale et solidaire sans apporter pour autant les garanties et les services des revendeurs spécialisés. On pense,  par exemple,  à Ikea ou à Amazon… Du reste, le président exécutif de Valdelia a confirmé également durant ce webinaire qu’un label de l’éco-organisme est en cours d’élaboration pour certifier des entreprises de l’ESS. « Ce label, poursuit Arnaud Humbert-Droz, garantira que l’activité première de la PME est l’insertion de personnes en difficultés dans le monde du travail et non une simple société créée pour faire de l’argent. Qu’elle n’est pas là non plus pour faire des produits low cost. C'est notre projet Révolutions (voir article suivant - NdlR), autrement dit faire monter en gamme les acteurs de l’ESS.»

D'autant que pour le président exécutif de Valdelia, le mobilier recyclé, retravaillé, rénové issu de l’ESS n’est absolument pas synonyme de prix bas. Tout simplement parce que la réinsertion de personnes a un coût. Les tarifs pratiqués pour mobilier de l’économie  sociale et solidaire peuvent se révéler être compétitifs par rapport à une offre moyenne ou haut de gamme. En revanche, si l'acheteur public préfère des articles venus de Chine, par exemple, alors l’ESS ne pourra absolument pas s’aligner. D’autant qu’un meuble usagé et retravaillé est en quelque sorte une pièce unique… 

« Il n’existe pas un annuaire des acteurs de l’ESS dans le mobilier car c’est un monde en perpétuelle transformation, en perpétuel mouvement, conclut Arnaud Humbert-Droz. Nous sommes face à deux mondes opposés, celui des distributeurs professionnels et celui de l’ESS et Valdelia a bien l’intention d’être une passerelle entre ces deux univers.» Une sorte d’interface en somme … 

F. L.