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Matières premières - Interview : Eric Joan,  président du directoire du groupe Hamelin

1 month ago

Nécessité fait loi.  Face aux différentes hausses du coût des matières premières, sans parler de celles liées au transport, les industriels n’ont pas d’autres choix  que d’augmenter leurs prix, comme le souligne Eric Joan,  président du directoire du groupe Hamelin. Rencontre. 

Récemment vous avez annoncé des hausses comprises en 15 % et 25 % sur BFM Business. Vous confirmez ? Et avez-vous déjà eu des retours de distributeurs ? 

ERIC JOAN : Oui, effectivement.  Ce qui se passe actuellement sur le marché réclame d’effectuer ces augmentations.  C’est une nécessité économique absolue ! Cela dit,  je n’ai pas encore eu de réaction mais je ne peux pas imaginer que ces retours soient négatifs.  Tous les acteurs de la chaîne doivent s’adapter.  

Ces augmentations oscilleraient entre 15 et 25 %, une grande amplitude…

(sourire) En effet, j’ai déjà remarqué que certains jugeaient une hausse de 25 % comme un peu excessive… mais tout dépend de quelle catégorie de produit nous parlons, d’autant que notre catalogue est très vaste.  Quoi qu’il en soit,  nous n'avons pas encore actuellement une vision globale de l’ampleur de la hausse des coûts. Par exemple,  celui de l’énergie a atteint des taux encore jamais inégalés. Je pense que nous entrons dans une spirale inflationniste et cela pour quelque temps… (et après un bref silence) J’ai annoncé 25 %  mais cela peut être plus. De toute manière,  les industriels n’y sont pas pour grand-chose. Qui blâmer ? L’inflation reprend partout ! Le tout est de savoir si celle-ci sera un simple rattrapage ou sera durable ? Songez que les coûts de l’électricité  ont été multipliés par deux depuis huit mois.  Et le gaz est sur la même tendance.  Je le répète : tous les coûts s'envolent et quand nous les additionnons, nous nous trouvons alors dans une situation totalement inédite !     

Pour autant,  Jean-Marie Nusse (Exacompta-Clairefontaine) soulignait lors d’une  Rencontres d’Affaires PNP en juin 2011 : « La question des matières premières n’en est qu’à ses débuts »...

Jean-Marie Nusse avait raison. Quand nous regardons l’évolution de la hausse des prix de la pâte à papier ces vingt  dernières années… De toute manière,  tout ce qui est issu de ressources durables ou non augmentera.  

Mais la GSA acceptera-t-elle ces augmentations, pour ne parler que de ce circuit ? 

Étant donné l’accélération des coûts, personne ne peut les absorber seul. En aucun cas,  nous ne cherchons pas à gagner plus d'argent, ni à augmenter nos marges. Simplement,  nous devons compenser ces hausses. Entre perdre de l’argent et perdre du volume, le choix est assez facile à faire… Tout le monde industriel est concerné et pas uniquement le groupe Hamelin.  A tout cela s’ajoutent des approvisionnements tendus pour certaines matières,  comme la colle, les encres,  les palettes, voire les transporteurs parfois difficiles à trouver, sans parler du plastique. 

Au final, cette situation ne coûtera rien au distributeur ; tout reposera sur le consommateur. Le tout est de savoir quelle sera sa capacité d’absorber ou non ces hausses ? Mais là, c’est une question politique… Néanmoins,  il ne faut pas oublier que nos produits n'appartiennent pas à l’univers du luxe et l’impact de ces augmentations en euros sera faible. 

Tant que le cahier coûtera en effet moins cher qu’un paquet de cigarettes… Cela étant dit, qu’en est-il de cette rentrée 2021 ? 

Il semblerait effectivement que la GSA soit une nouvelle fois en repli au profit d’autres circuits de distribution. Cela dit,  le marché au global est stable. Quant à l'imposition du passe sanitaire pour les centres commerciaux de plus de 20 000 m2, cela a freiné la consommation. Néanmoins,  cette rentrée a été meilleure que celle de 2020 qui elle-même n’était pas mauvaise. De fait, le marché scolaire est très résilient, à l’inverse du marché BtoB qui a souffert l’année dernière ; et même s'il est reparti à la hausse cette année, il n’a pas encore rattrapé les résultats obtenus en 2019. Les retrouvera-t-il un jour, du reste ? Pour en revenir aux différentes hausses, chaque acteur est libre mais ne perdons pas de vue que le marché change. Les approvisionnements venus d’Asie se complexifient.  A cela s’ajoute le poids de plus en plus important des écolabels dans la décision d’achat, que ce soit pour les particuliers ou les entreprises. Le Made in France a-t-il un impact ? Je ne sais pas mais le Made in Europe oui et c'est une bonne nouvelle pour toute l’industrie européenne. (et avec un large sourire) Un dernier mot à l’adresse des distributeurs. Que ces derniers n’oublient pas que leurs clients sont aussi nos salariés… 

Propos recueillis par Frédéric Leroi