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La nouvelle stratégie d’Office Depot France

1 year, 10 months ago

Comme nous l’avons évoqué récemment, le nouveau président d’Office Depot France depuis mars,  Guillaume de Feydeau, nous livre ici sa stratégie pour redresser la barre de cette entreprise avec comme objectif un retour à l’équilibre financier en 2020.

PNP : Vous venez de prendre officiellement vos fonctions en mars dernier. En quelques mots, quels postes avez-vous occupé précédemment ?

 

GUILLAUME DE FEYDEAU : Mon expérience tourne autour du monde de la finance celle que j’appellerai de rigoureuse. J’ai notamment officié dans une société de services financiers,  Laser Cofinoga, puis je me suis occupé de stratégie clients, pour enfin m’investir dans la transformation des entreprises, comme la SNCM ou JB Martin.  Et récemment comme directeur financier d’une société londonienne spécialisée dans la gestion d’actifs. Une entreprise, c’est avant tout une aventure humaine avec trois enjeux aujourd’hui majeurs de plus en plus indissociables : celui économique, celui sociétal et enfin celui environnemental. Parfois,  la vie d’une entreprise se complique et Office Depot France est actuellement dans ce cas de figure. Mon objectif est simple : je veux sortir de cette passe difficile pour atteindre dès 2020 l’équilibre financier. Certes, l’entreprise actuellement perd de l’argent mais se transformera. Je suis en fonction seulement depuis le mois de mars et j’ai récupéré une situation pour le moins compliquée où les salariés sont inquiets, ce que je comprends fort bien. Cette angoisse est légitime, à moi de la faire disparaitre. Quand je retrouve dans la presse des informations fausses et mensongères (1), je suis agacé car elle porte préjudice à notre entreprise ! Et ces rumeurs ne font qu’ajouter de l’inquiétude à l’inquiétude. Depuis, je ne cesse de rassurer à la fois notre clientèle et les fournisseurs. Je n’ai pas de dette et tous les fournisseurs sont payés. 2019 sera donc l’année de la transformation, 2020 celle de l’équilibre financier comme je l’évoquais tout à l’heure.  En revanche,  j’insiste : il n’y aura ni de plan social, ni de fermeture !  Je souhaite mettre ainsi fin aux rumeurs.

Pour autant,  il y a bien une audience du tribunal de grande instance de Senlis le 28 mai dernier entre le CCE du groupe et vous-même…

Effectivement. Depuis mon arrivée, je dialogue régulièrement avec le CCE et l’ensemble des salariés.  Pour faire simple, Office Depot règle effectivement à des sociétés sœurs en Europe des montants pour des services rendus : utilisation de la marque, informatique, achats, etc.

Pour ce qui concerne les rumeurs de presse, si certains font des amalgames financiers, je suis à leur disposition pour leur exposer les faits et les chiffres : le procès fait à notre actionnaire final ne repose sur aucun élément tangible et par exemple Aurélius, à travers Office Depot Europe investira cette année plus de 10 millions d’euros dans Office Depot France.

Cependant, Office Depot France affiche toujours des pertes…

 

Certes, en 2018, le groupe a connu des difficultés d’où le changement de stratégie et mon arrivée par la suite. Nous avons enregistré une perte mais ce n’est pas en soi une maladie si celle-ci ne porte pas un préjudice irrémédiable à l’entreprise. Le groupe PSA a connu cela et aujourd’hui il se porte très bien. Mon actionnaire est Office Depot Europe lequel est soutenu par le fonds d’investissement Aurelius. Ce dernier accompagne les sociétés en souffrances pour les aider à rebondir en se transformant,  ni plus, ni moins. Il est vrai qu’en France nous ne savons pas appréhender les changements… (Après un bref silence). Office Depot Europe n’est pas le seul groupe à être détenu par un fonds d’investissements dans la profession me semble-t-il. Notre filiale a de nombreux atouts.

Que pèse aujourd’hui Office Depot France ? 

Ma société regroupe quelque 1 800 salariés,  possède une très belle marque, représente un tiers de l’activité globale du groupe,  réalise environ 400 millions de d’euros de chiffre d’affaires et nous remportons aussi de très beaux appels d’offres. Nos ventes se répartissent pour moitié en la partie magasin et VAD, nous possédons 60 points de vente, et Viking, et pour moitié la partie « Contract » avec deux axes, d’une part,  les grands comptes,  et, d’autre part, le Small Médium Business (SNB). Office Depot France est véritablement un acteur omni canal par rapport à la concurrence. Par exemple, Lyreco et Staples ne s’occupent que de la vente de fournitures de bureau aux entreprises. Nous avons un modèle à la fois unique mais, en même temps, complexe. En effet,  trop de complexité existe aujourd’hui au sein de notre entreprise. Nous agissons dans un marché où la concurrence gagne de l’argent. Il n’existe aucune raison tangible pour que cela ne nous arrive pas.

Face à cette complexité, que comptez-vous faire ? 

La transformation d’Office Depot France englobe trois enjeux. Le premier concerne la simplification. Nous alignons trop de références. Cela est le résultat des différentes politiques menées par mes prédécesseurs ces dernières années. En somme, nous avons accumulé trop de strates inutiles. L’objectif est de posséder entre 8 000 et 9 000 références contre 15 000 actuellement. Nous allons nous recentrer sur notre « Core Business »  En revanche,  nous avons le projet d’ouvrir à terme une place de marché où le client final trouvera en plus toutes les références dont nous ne voulons pas nous occuper. Le deuxième enjeu concerne la finalité même de l’action d’Office Depot France. Notre raison d’être est de fournir tous les outils nécessaires à l’environnement de travail de notre clientèle. Nous devons retrouver le chemin du client. Ainsi, demain, nous serons une société de services, les accompagner en proposant à la fois du conseil, du produit et des services. Il n’existe pas de limite conceptuelle à notre projet. Enfin,  le troisième enjeu concerne la transformation proprement dite. De toute manière, si je n’agis pas j’ai alors un problème. Dès lors, je m’investis pleinement pour que tout fonctionne à terme et je sais que nous réussirons. Dans un travail d’équipe, ce qui prime sur l’équipe c’est d’abord l’esprit d’équipe. Pour cette reconquête,  j’ai besoin d’emmener à la fois mes 1 800 salariés et l’ensemble des salariés, des clients et des fournisseurs.

Vous évoquiez précédemment avoir récupéré une situation délicate suite au départ de votre prédécesseur… que s’était-il passé ?

Je n’ai pas pour habitude de critiquer mes prédécesseurs dans le cadre de l’exercice de mes mandats. Je souhaite simplement que nous retrouvions la sérénité qui nous permettra tous ensemble d’avancer et de redresser cette belle entreprise qui a un avenir prometteur.

Finalement, qu’est-ce qui le plus dur à changer ?

office depot

 

Ce sont les mentalités. Pour autant, nous devons passer de l’ère de l’inquiétude à celle de la confiance. Un nouvel état d’esprit d’équipe est en train de naître. Nous allons y arriver !

Propos recueillis par Frédéric Leroi

(1) A ce sujet, voir notamment la dépêche PNP du 23 mai