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La grande interview, Stéphane Couchot, président de Alkor : « Cette acquisition nous renforce auprès des fournisseurs… » 

2 weeks, 5 days ago

Avec la reprise de 50 points de vente Office Depot sur 60, la coopérative Alkor entre dans une nouvelle ère. Mais bien des interrogations demeurent.  Rencontre avec Stéphane Couchot, président de Alkor et P-DG de Rivera Office 

Alkor
PNP : Une simple question pour commencer : pourquoi avoir repris cette enseigne et qui en est à l’origine ? 

STÉPHANE COUCHOT : Comme toute la profession, nous avons appris le redressement de Office Depot France avec stupeur. C’est dans ce contexte que Laurent Proy (directeur général de Alkor - NdlR) et moi-même avons de suite effectué plusieurs réunions pour étudier ce dossier et son adéquation avec nos réseaux de commerçants indépendants associés.

De par notre schéma directeur, l’évolution de notre système logistique est un enjeu majeur. Aussi, dans un premier temps, nous avons étudié la reprise de l’entrepôt logistique de Saint-Martin-de-Crau dans les Bouches-du-Rhône. Finalement, cette base du sud ne correspondait pas à nos attentes. Fort de cette première approche, dans le cadre de notre développement commercial dans toute la France et dans tous circuits de distribution, nous avons invité nos associés à analyser les magasins de format superstore et City. Concrètement, aujourd’hui, nos adhérents reprennent 50 points de vente sur les 60 que comptait Office Depot France. C’est une opportunité car,  je le répète,  le développement des magasins est un axe de croissance approuvé avec notre enseigne de magasins en plein essor,  Ioburo. 

D’aucuns pensaient que ces points de vente allaient justement devenir des Ioburo… 

Nous y avons pensé, naturellement, mais nous conservons l’enseigne Office Depot pour la stabilité des salariés et celle de la clientèle. Rappelons aussi que le tribunal de commerce nous a accordé  le droit d’exploiter le nom d’Office Depot pour les deux ans à venir. Pour cela nous versons une redevance à Office Depot UK.  Quoi qu’il en soit, pour l’instant, nous nous consacrons à l’intégration des magasins Office Depot au sein de notre système coopératif.  A l’heure d’aujourd’hui,  notre priorité est double. D’une part, que la reprise s’effectue dans les meilleures conditions, et,  d’autre part, d’accueillir les salariés d’Office Depot dans nos structures adhérentes en leur assurant un avenir plus serein.

Quel est le rôle exact de la centrale ?  

Dans notre modèle coopératif, ce sont bien les adhérents qui ont été à la manœuvre, qui ont effectué cette reprise. La centrale Alkor est là en soutien administratif et logistique. Alkor n’a pas pour vocation de participer directement aux reprises ; elle a une fonction support de tête de réseau…  Au total, 23,2 M€ sont mis sur la table dont une partie pour apurer le passif et cela sans argent public, ni subventions d’organisme étatique ou de régions. En toute transparence, préalablement à la remise de l’offre, une assemblée générale exceptionnelle a été organisée avec tous les coopérateurs pour les informer en toute transparence et leur demander leur vote de confiance pour accompagner les adhérents pollicitants dans ce dossier. Le vote de confiance a été très largement positif.  Au final,  nous reprenons, en plus des 50 points de vente, le nom de domaine B to C officedepot.fr, lequel est  géré directement par les équipes de la centrale installées au siège à Saint-Quentin dans l’Aisne. Quoi qu’il en soit,  cette acquisition nous renforce auprès des fournisseurs et nous permet d’être encore plus compétitif. Au total, le chiffre d’affaires ventes consolidé de nos réseaux est de 440 M€, les magasins Office Depot apportant quelque 125 M€ supplémentaires. 

Avez-vous eu peur à un moment donné que le recours aboutisse ? 

Une fois le délai de remise des offres expiré, nous avons compris que nous n’étions plus que deux sollicitants majeurs sur l’activité magasin. Notre offre comportait deux étages. D’abord, la reprise immédiate par transfert de contrat de travail de 460 salariés, avec, parallèlement, la mise en place d’une cellule de reclassement pour répondre aux besoins en compétence de nos adhérents sur tous nos secteurs d’activité, et non pas uniquement dans le Retail. Dans ce contexte, nous avons identifié 370 postes supplémentaires à pourvoir, soit un total de 830 collaborateurs. Après avoir entendu les différentes parties prenantes, puis analysé les deux offres concurrentes sur les différents critères fixés par la loi, le tribunal de commerce a délibéré et jugé que celle d’ALKOR est la mieux disante. Nous comprenons fort bien que le CSE d’Office Depot avait une préférence pour l’offre de nos confrères qui reprenait 58 points de vente…  Dans le même temps, il s’est avéré que, parallèlement, nous avons travaillé sur le reclassement des salariés, et de 460 personnes nous sommes déjà passés à 510 salariés repris. 

Ces emplois concernent nos adhérents dans toute la France et notre siège social à Saint-Quentin dans l’Aisne. Aussi, pour être plus attractif et inciter les salariés d’Office Depot à nous rejoindre, nous réfléchissons fortement à reprendre des bureaux installés à Villepinte près de Roissy Charles-de-Gaulle (interview réalisée fin juin - NdlR). 

Ioburo et Office Depot sont deux modèles concurrents ; quelles différences existent-ils entre elles ? 

Je le répète ; cette reprise est une opportunité. (Et d’ajouter avec un large sourire) ! D’ailleurs un adhérent Ioburo s’est porté acquéreur de magasins au format superstore en Bretagne. 

Nous faisons vivre les deux enseignes, conjointement. Un exemple : Jacques Rouard, à la tête du Groupe Charlemagne à Toulon, a repris, entre autres, un Office Depot lequel n’est situé qu’à 100  mètres de son propre magasin…  Et il n'est pas question de modifier les concepts et l’organisation de nos autres enseignes. Majuscule et Burolike vont perdurer et poursuivre leur développement. Cette dernière enseigne regroupe trente quatre adhérents qui sont des associés ayant su développer une identité d’ailleurs, avant tout, nous sommes tous des associés participant aux décisions !!!

Allez-vous conserver la MDD de Office Depot ? 

Pour l’instant, nous conservons la marque Office Depot pour les consommables informatiques.  Les autres références de l’offre MDD seront analysées avec pour objectif de massifier et de rationaliser nos MDD. Pour exemple, nos boîtes d’archivage se dénomment Excellence ou nos surligneurs MBusiness. La marque Majuscule n’apparaîtra pas.   Parallèlement,  nous conservons un spectre produit identique, la même offre que celle qui prévalait avant dans tous les magasins Office Depot. Il en ira de même pour notre politique tarifaire. Les prix demeureront ceux pratiqués auparavant afin de préserver le positionnement de l’enseigne vis-à-vis de ses clients. Par ailleurs,  les contrats fournisseurs seront revus par notre direction des achats. Cette cellule achats, composée de plus de 20 personnes, sous la houlette de Franck Suhit,  agira désormais également pour Office Depot. Cela dit, notre division dédiée au e-commerce sera étoffée car nous étions peu présents dans cette catégorie avant la reprise de l’enseigne. Notre organisation logistique va aussi s’étoffer. Concrètement, nous passerons ainsi de 18 500 références à 21 000, en tenant compte qu’une partie des références commercialisées par Office Depot existe déjà chez ALKOR. Nous possédons tous les éléments pour approvisionner ces nouveaux points de vente… Nous venons de louer 6 000 m2 d’entrepôts supplémentaires à deux pas de notre plateforme logistique de Saint-Quentin afin de stocker  les nouvelles références entrantes et pouvoir ainsi les traiter dans nos flux journaliers…  Et je peux vous annoncer que d’ici à 18 mois,  voire 24 mois au plus tard,  nous  posséderons un second entrepôt logistique installé cette fois au sud de la Loire. C’est une vraie priorité pour nous. N'oubliez pas que nous absorbons plus de 125 M€ de chiffre d’affaires supplémentaires. Alkor est une coopérative qui compte 138 actionnaires et n’est pas opéable. Aucun d’entre nous ne peut en prendre le contrôle à lui seul. Nous existons depuis 60 ans et nous avons prouvé que nous savons gérer en “bon père de famille”. Peut-être ne le savez-vous pas mais la consolidation des entreprises adhérentes d’Alkor représente 100 M€ de fonds propres. 

Propos recueillis par Frédéric Leroi 

 

Repères… Qui reprend quoi ? 

-Repreneur - Autour du Bureau, Villeneuve d'Asq (59) : Ennetieres-en-Weppes (59)

-Repreneur - Alda & Librairie Générale des Ecoles, Rosny-sous-Bois (93) et Meaux (77) : Angers (49),  Argenteuil (95), Ballainvilliers (91), Boulogne-Billancourt (92), Cergy-Pontoise (95), Créteil (94), Gonesse (95), Lognes (77), Mondeville (14), Nantes (44), Petit-Quevilly (76),  Rosny-sous-bois (93 - 2 magasins),  Saint-Mandé (94), Strasbourg (67), Souffelweyersheim (67), Thillois (51), Villabe (91). Paris - arrondissements  : 02, 05, 8, 9, 10, 11 (2), 12, 13, 14, 15 (2), 16 (2), 17, 19 (3), 20

-Repreneur - Bureau Services, Varetz (19) : Limousin Bureautique, Feytiat (87)

-Repreneur - Charlemagne, Toulon (83) : Aubagne (13), Avignon (84), Mérignac (33), Toulon (83)

-Repreneur - O Buro, Mende (47) : Montpellier (34), Nîmes (30), Toulouse Labège (31)

-Repreneur - A4 & Hym Buro, St Brieuc (22) & Fougères (35) : Nantes (44), Rennes (35)

-Repreneur - PGDIS, Enval (63) : Dardilly (69), Vénissieux (69)

-Repreneur - CBS, Chennevières-sur-Marne (94) : Chennevières-sur-Marne (94) 

 

Repères… Au sujet de Riviera Office 

A 49 ans, Stéphane Couchot est à la tête de Riviera Office, une entreprise installée à Sophia Antipolis près de Nice. Son activité est uniquement en B to B, à savoir fournitures de bureau,  fournitures scolaires et mobilier de bureau. Riviera Office emploie 18 personnes en tout, réalise un chiffre d’affaires global de 5 M€, rayonne sur les Alpes-Maritimes, le Var, sans oublier Monaco, et est adhérent Majuscule depuis 20 ans.