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 Interview : « Le gel hydroalcoolique et les articles de protection représentent un véritable marché pour vos lecteurs distributeurs »

3 weeks, 2 days ago

Rencontre avec Virginie d’Enfert, déléguée générale de l’Afise, Association professionnelle des Industries de la détergence, de l’entretien et des produits d’hygiène industrielle. Principal enseignement : les produits de protection ont toute leur place chez un fournituriste comme chez un papetier.  

afise

 

PNP : Quelles premières leçons tirez-vous de cette crise ? 

VIRGINIE D’ENFERT : Comme pour le secteur de la papeterie,  les produits de nettoyage et de désinfection, dont le gel hydroalcoolique,  ont été jugés comme essentiels. Ils ont ainsi permis de repousser et de protéger les populations contre le Covid-19. De plus,  tous ces articles ont permis la continuation de l'économie. En somme, ces produits jusqu’à présent invisibles sont devenus visibles. Sans eux,  il n’y aurait pas eu de déconfinement.  Dans le marché B to C,  selon une étude réalisée entre le 24 février et le 30 mai,  la production globale des produits d'entretien a progressé de 15 % en France. Certaines catégories ont même fortement augmenté comme l’eau de javel qui a enregistré une hausse de 73 % ! Voire les savons de ménages (style savon de Marseille - Ndlr) de 71 %, les accessoires de parapharmacie, où l’on retrouve le gel hydroalcoolique, de 81 % et les gants de ménages de 170 %... En somme, les salariés en télétravail ont bien nettoyé et désinfecté leur intérieur. Dans le même, à titre anecdotique,  la lessive a vu sa production au global reculer de 4 %. Disposer d’une chemise propre tous les jours n'était pas une obligation apparemment. Cependant,  les ventes en drive pour ce produit ont progressé de 27 %, ce qui prouve là-aussi l'importance prise par le-commerce.  

Et du côté B to B ? 

Naturellement, les adhérents de notre association ont vu leur activité de nettoyage de bureau diminuer du fait de la fermeture des entreprises. Mais, dans le même temps, nous avons noté une forte hausse des commandes de désinfectant pour les bases logistiques, les hôpitaux, la GSA…  et une véritable explosion de la demande de gel hydroalcoolique, entre 8 et 10 %. Les sites industriels de nos adhérents se sont fortement mobilisés en instaurant les 3 x 8,  le travail de week-end, et la création de nouvelle ligne de production pour certains. La mobilisation a été très importante. Au plus fort du confinement,  nos adhérents ont fabriqué plus de 5 millions de litres par semaine contre 400 000 litres en temps normal, sachant également que nos adhérents représentent les deux tiers de la production française. Avec l’appui des entreprises de la chimie et des cosmétiques, cela nous a permis de gérer au mieux cette crise.  Les services de santé n’ont jamais connu une pénurie de gel. Il est vrai que ce produit est fabriqué en France d’où une réactivité très forte pour répondre à la demande. Comme la France est une grande nation agricole, nous n’avons pas manqué de matières premières, alcool et éthanol. 

Et qu’en est-il aujourd'hui de sa production ? La demande de gel diminue… 

Le marché du gel hydroalcoolique a toujours été important même avant la crise,  mais seulement dans quelques secteurs bien précis comme celui de la santé et de l'industrie agroalimentaire. Depuis, ce produit se répand partout. Nous avions peur d’être en rupture de stock le jour où le déconfinement viendrait car nous anticipons une hausse de la demande. Allions-nous marquer de substance désinfectantes ? Pour ces dernières,  la loi nous obligeait jusqu'à présent à nous approvisionner auprès de fournisseurs agréés mais le gouvernement nous a autorisé à déroger de cette liste, avec les mêmes exigences de sécurité pour ne pas nuire à la santé des utilisateurs naturellement. Notre production a été au rendez-vous après le 11 mai et aujourd’hui nous sommes plutôt en surproduction. Il en a été de même pour tous les articles désinfectants.  Actuellement, nous produisons tout de même environ 3,5 millions de litres par semaine.  Nous préparons ainsi une éventuelle seconde vague.  Le gel hydroalcoolique, pour ne parler que de lui,  est un véritable marché pour vos lecteurs distributeurs. Il en va de même pour tous les articles de protection. La crise a fait naître un changement des mentalités qui perdurera.  Du reste, nous allons avec la fédération européenne des produits d’entretien réaliser un sondage afin de connaître la perception des produits d’hygiène avant et après cette pandémie. A mon avis,  autant le masque est une contrainte pour l’utilisateur, autant le gel demeurera une exigence au sein des entreprises et au-delà. 

J’imagine qu'il existe aussi des contrefaçons dans les gels hydroalcoolique ? 

Malheureusement,  oui. Comme il y eu des dérogations pour fabriquer ce produit selon les normes de l’OMS, notamment pour les industriels de la cosmétique, certains acteurs ont commercialisé des produits douteux, faussement protecteur…

De qui s’agissait-il ? 

(large sourire) D’opérateurs pas très bien identifiés… Quoi qu’il en soit,  cette crise a permis de rappeler l'importance des produits de nettoyage et de protection pour le bien-être de notre pays, de sa population, et pour le fonctionnement de son économie. Qui plus est, nos prix n’ont pas augmenté ! 

Propos recueillis par Frédéric Leroi