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Interview :  « L’âme verte du Multicopy mérite d’être plus connue en France»

2 weeks, 4 days ago

Anciennement directrice générale de Navigator France, Rebekka Thielemann est depuis octobre dernier vice-présidente ventes Europe du Sud de la division papier du groupe Stora Enso. Une de ses missions consiste à relancer la marque de ramettes Multicopy, notamment en France. Explications. 

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PNP : Pour quelles raisons avez-vous quitté en septembre dernier le groupe Navigator Company dont vous étiez directrice générale de la filiale française ?  

REBEKKA THIELEMANN : Après quatorze ans passés au sein de ce grand industriel papetier, j’avais tout simplement envie de changer d’horizon, de me donner de nouveaux défis, une autre dimension. Le groupe papetier finlandais-suédois Stora Enso est le deuxième plus grand fabricant de papier en Europe. Cette multinationale est propriétaire de plus de 2 millions d’hectares de forêts et un papetier historique. Cependant, face aux évolutions de la société et à la baisse de la consommation de papier, il a su rebondir et se développer dans de nouveaux secteurs comme l'emballage ou le bois de construction. Il y a dix ans, le papier pesait 70 % dans son chiffre d’affaires, aujourd’hui c’est encore 20 %. Notre ambition est de remplacer des matériaux à base de fossiles par des solutions renouvelables. Nous sommes “The Renewable Materials Company”. Autrement dit, nous cherchons à remplacer le plastique et offrir une alternative écologique fiable à partir de la cellulose, matière renouvelable de premier ordre. Le groupe a la volonté farouche de participer activement à la transition écologique de nos sociétés. Notre slogan est « Do good for people and the planet” - Fais du bien aux gens et à la planète. Comment ne pas adhérer à un tel programme ? Peut-être est-ce très Allemand (son pays d’origine - NdlR) , mais j’adore la forêt et l’idée de travailler pour une entreprise de bioéconomie m’enchante. La culture de cette entreprise nordique me correspond bien : une vraie ouverture d’esprit, un fort focus sur l’éthique et l’égalité femmes-hommes. De plus, ma nouvelle fonction me permet une plus grande diversité, à la fois géographique et par rapport aux produits

Quelles sont vos fonctions exactement ? 

Je suis responsable pour nos ventes de papier en Europe du Sud, à savoir la France, l’Italie, l'Espagne et le Portugal. A noter que la France représente le deuxième plus grand marché pour le groupe sur notre continent, après l’Allemagne mais devant la Grande-Bretagne. La division Papier de Stora Enso est organisée en quatre zones : Nord, Centre, Overseas et Sud dont j’ai la charge.

Quels produits commercialisez-vous ? 

Tout d’abord, notre plus proche site de production pour la France est situé à Gand en Belgique où l’on fabrique principalement du papier journal. Le groupe ne possède pas d’usine en France mais notre filiale commerciale est implémentée depuis des nombreuses années et profite d’une grande notoriété sur le marché. Nous proposons une large gamme de papiers pour presque toutes les applications : le papier journal, dont je parlais à l’instant, celui pour les magazines, le papier d’édition, le papier publicitaire dédié, notamment, aux prospectus, la ramette notamment sous notre marque phare Multicopy, et l’enveloppe. Pour ce dernier produit, nous avons constaté, avec un certain étonnement il est vrai, une récente hausse de nos commandes de la part des fabricants d’enveloppes. Il faut y voir là, à mon avis, la conséquence de l'essor du commerce électronique, mais c’est également une conséquence d’une année électorale dans plusieurs pays européens cette année qui vont devoir se tenir par correspondance. Quoi qu’il en soit, le marché global du papier en Europe a reculé d'environ 18 % en 2020, toutes familles confondues. La crise de la Covid 19 a bien sûr fortement impacté notre activité. Le secteur le plus affecté a été celui du papier journal et dans une moindre mesure celui pour les prospectus. Par ailleurs, la ramette a également souffert des confinements et du développement du télétravail qui a engendré une baisse des impressions. Quant au papier couché, le papier glacé, il a subi de plein fouet la crise avec la chute des budgets de communication. En revanche, le livre s'est bien comporté, visiblement les gens se sont beaucoup réfugiés dans la lecture, nous nous en réjouissons. Nous fournissons également du papier d’écriture à une des grandes maisons françaises de fabrication de cahiers. Ce marché a moins souffert de la pandémie que les autres. Une des forces de Stora Enso est effectivement de proposer une réponse à quasiment toute demande de papier. Finalement, une chute de 18 % n’est pas un si mauvais chiffre dans le contexte actuel et aux regards d’autres secteurs comme le tourisme par exemple. Nous espérons un léger rebond cette année, mais tout dépend bien sûr de l’évolution de la pandémie et des restrictions associées.

Et qu’en est-il plus précisément de la ramette, le poids de votre marque Multicopy ? 

Ces dernières années, le groupe s’est un peu désinvesti du marché bureautique en France. Produit en Suède, il n’est pas aisé pour Stora Enso d'alimenter l’Europe du Sud. Cela dit, le groupe a décidé, du moins pour la France, de retravailler sa stratégie et de réinvestir sur le Multicopy, de redéployer cette belle marque, d'être plus visible. Non seulement celle-ci est connue, du moins dans le monde professionnel, mais il s’agit d’un papier totalement vert répondant à tous les critères environnementaux. Il est issu, comme vous le savez, de forêts gérées durablement et certifiées. Nous commercialisons même un Multicopy Zéro totalement neutre en émission de carbone. Et nous investissons pour encore améliorer notre éco-efficacité : cette année nous allons inaugurer en partenariat avec Gasum une installation de biogaz dans notre usine de Nymölla en Suède. Les résidus de production de notre Multicopy seront utilisés pour produire du biogaz liquide, un carburant naturel. Au total nous produirons ainsi entre 75–80 GWh, suffisant pour faire rouler 200 camions toute une année et réduire ainsi les émissions de carbone par 90 %. Ces derniers temps, nous assistons à un changement des mentalités par rapport au papier. Les utilisateurs comprennent aujourd’hui que ce support ne tue pas les massifs forestiers; bien au contraire, il aide à leurs développements et à leurs épanouissements. Et il devient de plus en plus évident que le bois est une matière formidable pour envisager un avenir sans plastique. Je tiens à préciser que nous préférons utiliser du recyclé pour les produits éphémères, comme nos papiers pour journal ou catalogues promotionnels. En revanche, nous ne fabriquons nos ramettes Multicopy uniquement à partir de fibres vierges. 

Pourquoi ce choix ? 

Dans un marché qui voit la consommation de papier bureautique reculer inexorablement, nous jouons la carte de la haute qualité pour ce produit. Les fibres de cellulose ne se recyclent pas éternellement, il faut injecter la fibre vierge dans le circuit et nous préférons faire cela pour les produits plus nobles comme le Multicopy. N’oublions pas que les papiers bureautiques doivent être archivables pendant des centaines d’années. Le Multicopy, papier haut de gamme avec une « âme verte » mérite d’être redécouvert en France.

Propos recueillis par Frédéric Leroi

 

Repères… Groupe Stora Enso

P-DG : Annica Bresky

Siège social : Helsinki (Finlande)

Nombre d’usines de papier : 8 avec une capacité annuelle de production de 4.2 Mio tonnes

Nombre de salariés :   23.000, dont 4 000 pour la division papier

CA global : 8.6 Md€ en 2020

Rebekka Thielemann est à la tête d’une équipe d’une dizaine de personnes, dont cinq commerciaux terrain en France