s'abonner

Interview :  « Antalis vole de ses propres ailes... »

3 years, 6 months ago

En juin dernier,  Antalis faisait pour la première fois son entrée à la Bourse de Paris. Un moment historique pour cette multinationale spécialisée dans la vente de papiers,  d’emballage et de supports liés à la communication visuelle. Tour d’horizon de la nouvelle stratégie du groupe avec Hervé Poncin, directeur général d’Antalis. 

PNP : Le fait d’être désormais coté en Bourse a dû changer vos habitudes de fonctionnement ?

HERVE PONCIN : Je ne vous cache pas que cette introduction en Bourse a été événement pour la maison Antalis. Cela dit, nous conservons toujours notre stratégie qui est de poursuivre notre développement dans trois catégories de produits,  le papier, l’emballage et la communication visuelle. Le holding Sequana demeure notre actionnaire principal, à hauteur de 76 %,  mais cela évoluera dans les prochaines années, le flottant totalise  16 % du capital et la BPI France (la Banque publique d’investissement – Ndlr) 8 %. Le fait d’être en Bourse nous a apporté plus de contraintes administratives et financières pour les équipes présentes au siège social. En revanche, cela n’a rien changé pour l’opérationnel. Le fait d’être coté est un nouveau défi et c’est assez excitant pour les équipes  je l’avoue !

Vous parliez d’évolution du capital ;  pouvez-vous être plus précis ?

(Large sourire) La part du flottant est actuellement encore faible. A terme, il est probable  que notre actionnariat se modifiera et que Sequana ne détiendra plus la majorité des parts. (Après un bref silence) Antalis vole déjà de  ses propres ailes. En vingt ans, notre entreprise est passée d’une simple filiale de distribution d’un grand industriel papetier à une multinationale spécialisée dans la commercialisation du papier sous toutes ces formes et de solutions d’emballage et de communication visuelle.

Votre action tourne aux alentours de 2,50 E ; vous tabliez sur 3 E lors de votre introduction en Bourse.

Effectivement,  mais cela n’a rien d’anormal à ce stade, notre flottant étant faible comme je l’évoquais tout à l’heure. Le moindre mouvement, achat ou vente d’actions, a tout de suite des répercussions sur notre cours. Nous avons besoin d’assoir la visibilité d’Antalis et de ses résultats.

Sauf erreur de ma part,  la vente de papier,  dont la ramette, demeure votre principale activité.

Sans nul doute ! Actuellement, Antalis réalise un chiffre d’affaires global de 2,5 MdE et emploie environ 5 620 personnes. La commercialisation de papier couché et non couché totalise encore 66 % de notre marge totale et 70 % de nos ventes. L’emballage et la communication visuelle réalisent ensemble 34 % de notre marge, pourcentage qui est appelé à grossir dans les prochaines années. En Europe, nous sommes aussi importants que le groupe Raja dans l’emballage en réalisant quelque 500 ME de chiffre d’affaires. Quant à la communication visuelle, nos ventes atteignent 220 ME, soit un chiffre équivalent à notre concurrent européen Spandex.

Mais que devient l’autre filiale de Sequana, le groupe papetier Arjowiggins ?

Il poursuit son activité dans les papiers de création et ceux graphiques, et les papiers de sécurité. A l’heure actuelle, Sequana est son seul actionnaire.

Vous parliez de Raja précédemment ; ce groupe se diversifie notamment dans les fournitures de bureau. Seriez-vous prêt à en faire de même ?

Non, car cette famille de produits ne nous intéresse pas particulièrement, ou, plutôt,  ne nous n’intéresse plus. Dans le passé, certaines de nos filiales commercialisaient ces fournitures, comme en Roumanie et en Espagne. Mais nous avons tout cédé, notamment à Lyreco en Espagne.  L’essor d’Antalis passe par l’emballage aujourd’hui, qu’il s’agisse de celui dédié aux envois postaux  ou ceux industriels destinés à protéger des pièces lourdes comme des moteurs d’avions lors de leur transfert d’une usine à une autre par exemple. L’essor passe également par la communication visuelle. Nous commercialisons, par exemple, des supports de signalétique et nous allons agrandir notre offre en proposant prochainement aux imprimeurs et aux transformateurs  de nouveaux adhésifs pour la décoration intérieure. Ces adhésifs s’adressent aux décorateurs, aux architectes, voire à de nouvelles structures spécialisées dans le mobilier de bureau. Nous vendons aussi du consommable mais également des machines d’impression grand format. Ces dernières seront peut être commercialisées en France dans quelques mois.

Antalis interview Hervé Poncin octobre 2017 Et l’impression 3D ?

Nous avons regardé de près ce nouveau marché mais nous n’avons pas trouvé de passerelles avec notre cœur de métier. Quant à savoir si l’emballage sculpté en 3D a  un avenir,  je n’en suis pas certain. 

Depuis l’acquisition de Papyrus France par Inapa, d’autres concentrations d’acteurs de la distribution en Europe sont-elles à craindre ?

Le monde des distributeurs traditionnels de papier sur notre continent est déjà bien concentré. Malgré tout, d’autres rapprochements auront lieu jusqu’au jour où les limites posées par les autorités de la concurrence arrêteront les fusions potentielles. Notre dernière grande acquisition a concerné les papiers Xerox voilà deux ans. Cela dit, la croissance externe demeure un des outils pour notre développement dans la communication visuelle et l’emballage. C’est moins probable dans le secteur du papier, a priori. Maintenant, si une opportunité se présente à nous, naturellement nous regarderons le dossier, mais en aucun cas il ne s’agira de reprendre une activité de production ; notre métier, c’est la distribution et il existe encore beaucoup de choses  à réaliser dans ce domaine.

Vous pensiez à quelque chose de particulier en France…

Pas précisément ! Notre pays, même s’il reste important, ne pèse plus aujourd’hui qu’environ 12 % de notre chiffre d’affaires. Je pensais par exemple à l’Europe centrale ainsi que pourquoi pas  à l’Amérique du Sud.

Dans combien de temps, la communication visuelle et l’emballage dépasseront-ils en  chiffre d’affaires et en marge votre activité papier ?

Tout dépendra de la rapidité de notre croissance externe. Si notre développement est uniquement organique,  alors il faudra compter cinq ou six ans. En revanche,  si nous sommes capables d’acquérir de nouvelles sociétés, ce basculement pourrait s’effectuer d’ici trois ou quatre ans; à nous de trouver de nouveaux moyens financiers dans le futur.

Donc un nouveau tour de table ; votre nouvel actionnaire majoritaire pourrait-il être une entreprise étrangère ?

Qui sait ?! Tout est imaginable.  Cela pourrait être des financiers, des groupes industriels… nous verrons bien et ces décisions relèvent de nos actionnaires.

Votre principal concurrent n’est-il pas finalement Amazon?

Nous n’agissons que dans le secteur du B to B, ce qui réclame de notre part un savoir-faire dans l’avant et l’après-vente et dans la personnalisation de nos services pour chacun de nos clients. Notre relation client s’adresse à des professionnels. De plus, Antalis dispose d’une logistique de premier plan et nous possédons déjà notre propre offre internet ; 30 % de nos commandes stock passent par la Toile.

En ce qui concerne la ramette, de nouvelles hausses de prix sont-elles à prévoir ?

Ce marché a souffert en volume, en Europe en 2016 mais cette année,  les ventes devraient progresser de 1 % en Europe. Cependant,  la ramette connaît depuis de nombreuses années une lente décroissance sur notre continent. Mais nous ne délaissons pas du tout ce secteur ! Le marché demeure vivant  et il existe beaucoup de chose encore à réaliser, notamment dans les partenariats avec les acteurs de l’impression comme Xerox ou HP. Quant aux prix,  ils remontent ces derniers mois et il faut s’attendre à une nouvelle augmentation en janvier prochain.

Un mot sur le Brexit. La Grande-Bretagne demeure votre principal marché européen.

Elle représente un quart de notre chiffre d’affaires. Nous y sommes n° 1 dans la vente de  papier et n° 2 dans l’emballage. De plus,  la livre a beaucoup fluctué par rapport à l’euro. Quant à savoir ce qui se passera une fois le Brexit achevé,  nul n’en sait rien ! Même si le marché anglais souffre un peu en ce moment, notre activité y demeure solide et rentable. Notre taille permet de bien résister.

Propos recueillis par Frédéric Leroi