s'abonner

Conjoncture - Fédération EBEN : « Enseignements de la crise, comment se réinventer ? »

1 week, 5 days ago

Hier, mercredi 14 octobre, la fédération EBEN organisait un webinaire sur le thème « Enseignements de la crise, comment se réinventer ? » avec Arnaud Marion, chef d’entreprise et fondateur de L'Institut des hautes études en gestion de crise. Réflexions.  

Certains l’appellent seconde vague,  d’autres y voient simplement la continuité de la première… peu importe finalement;  la crise économique née de la pandémie Covid-19 est toujours présente et, sans tomber dans le catastrophisme,  nul ne sait quand ce virus sera vaincu. Dès lors,  il nous faut vivre avec ; c’est vrai pour chacun d’entre-nous dans notre vie privée mais également pour l’économie. Petit retour en arrière. Au début des années 1980, alors que le choc pétrolier de 1974 ne cessait de plonger l’économie française dans une récession durable,  Yves Montand présentait alors une émission intitulée  « Vive la crise ! », un rendez-vous télévisuel qui avait fait grand bruit à l’époque. Il ressortait que la récession économique représentait au final une opportunité de rebondir pour les acteurs économiques, donc les entreprises. Une conclusion toujours d’actualité comme le souligne à son tour Arnaud Marion, dirigeant d'entreprise et fondateur de L'Institut des hautes études en gestion de crise. Ce dernier était l’invité d’un webinaire organisé par la fédération Eben, avec comme thème d’intervention : « Enseignements de la crise, comment se réinventer ? »

Repérer les signaux faibles 

Auteur du livre « Partout où je passe, les mêmes erreurs », paru avant la crise actuelle, Arnaud Marion fait le constat suivant : la faillite d’une entreprise a toujours pour origine le même socle de réactions.  « Tout d’abord,  le chef d’entreprise est dans le déni de la crise.  Ensuite,  il demeure dans l’inaction. Il a tout simplement occulter volontairement les signaux faibles qui lui parvenaient, lesquelles traduisaient une détérioration de son activité. Les grandes crises, comme celle d’aujourd’hui,  ne sont au final que des accélérateurs des faiblesses structurelles d’une entreprise. On ne sort d’une crise qu’en se remettant en question.» La dépression actuelle a montré au grand public l’interdépendance des différents systèmes économiques mondiaux, ce qui se traduisit,  entre autres, par un manque de liquidités. D’où l’action salvatrice de l’Europe et de la France en injectant de l’argent dans l’économie,  en mettant en place les PGE… une batterie de mesures qui a permis à bon nombre d’entreprises de survivre. « Pour la première fois dans une crise, actionnaires, dirigeants et salariés ont regardé dans la même direction; nous sommes tous des victimes », poursuit-il. Et d’ajouter aussitôt : « Il ne faut pas négliger non plus le traumatisme auprès des salariés, plus fort que prévu. Tout le monde a été atteint dans sa vie privée et une plus grande fatigue s’est installée. Face à ce chaos mondial,  les salariés se sont alors rattachés à leur entreprise.» Du moins dans le privé… Pour Arnaud Marion, le pays devrait encore connaître entre 12 à 18 mois de “complexité”, voire au-delà pour certains secteurs ;  on pense au tourisme par exemple. 

Transformation, oui ; diversification à l'extrême,  non 

D’où l’importance de cette question : comment réinventer son métier ? Le chef d'entreprise se doit d’être à la fois agile,  posséder des capacités d’adaptation, faire mieux avec moins et réaliser des arbitrages en privilégiant la valeur ajoutée. « C’est le moment d’investir et de se bouger, d’être une entrepreneur ! Nous sommes face à une crise totalement et uniquement structurelle », prévient-il.  Et de prendre comme exemple l’appli de visioconférence Zoom dont personne ne connaissait l'existence avant la confinement. Un succès qui a peu ou prou détrôné celles proposées par les géants du numérique. Autrement dit, l’entreprise doit être plus forte, plus résistante mais pas forcément plus grande pour passer le cap de la crise actuelle. « Il ne faut pas s’acharner à sauver le monde d’hier, même s’il était encore vivant voilà quelques mois,  mais inventer celui de demain. »

Néanmoins, transformation n’est pas synonyme d’une diversification trop poussée par rapport à l’activité initiale d’une société. Et Arnaud Marion de procurer quelques conseils aux chefs d'entreprise : ne pas hésiter à aller sur le terrain, à la rencontre de la clientèle à côté des commerciaux terrain ; être transparent avec ses équipes aussi bien pour les bonnes que pour les mauvaises nouvelles, et demander aux nouvelles générations leur vision dans ce monde de plus en plus connecté ; prendre du recul et être en mode décisionnel, ne pas attendre à prendre une décision même si celle-ci est difficile ; réfléchir continuellement aux évolutions des besoins de ses clients, voire précéder des attentes dont ils n’ont pas forcément encore conscience. «  Il faut s’intégrer dans la chaîne de valeur de son client. Le changement viendra uniquement de l’intérieur de l’entreprise, conclut-il, y compris de la part des équipes,  mais jamais de l'extérieur. » Autrement dit, installer un nouveau dialogue social 4.0  où chaque avis compte, mais c’est là une autre histoire…