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Commerce spécialisé : un danger réel existe pour Procos

3 years ago

« Une année pour le moins exceptionnelle » : c’est dans ces termes que le délégué général de la Fédération pour la promotion du commerce spécialisé, Procos*, Emmanuel Le Roch a débuté la conférence annuelle ce matin portant sur un bilan de l’année écoulée. Naturellement, malheureusement serait-on tenté d’écrire, le mouvement des gilets jaunes et les conséquences sur le commerce spécialisé ont été au cœur des discussions de ce rendez-vous.

«  Je n’ai pas sur le fond à me prononcer sur ce mouvement, poursuit le délégué général, si ce n’est sur l’accès des points de vente. J’espère que les commerces redeviendront accessibles tout simplement. » Et François Feijoo, président de Procos et par ailleurs président d’Eram, Texte, Staggy et Mellow Yellow, de prendre la parole : « Chaque samedi, je suis l’activité de mes points de vente et tout va bien ! Mis à part Paris, Lille, Rouen,  Nantes,  Angers, Bourges, etc. Plus sérieusement, nous en arriverions à nous y habituer. C’est effrayant. Mais personne ne parle des équipes des magasins pour qui depuis deux mois subissent un stress énorme. Peuvent-elles se rendre  dans leur magasin, l’ouvrir, pour ensuite être dans l’obligation de le fermer ? Psychologiquement, la période est difficile. »

Procos bilan

 

D’autant que ce mouvement continue en janvier,  car d’aucuns pensaient qu’il s’arrêterait après les fêtes de fin d’année. Ce manque de visibilité ne fait qu’accentuer  le pessimisme ambiant.

Après un mois d’octobre très dynamique qui affichait alors une hausse de l’activité de 5, 3 % et une première quinzaine de novembre des plus prometteuses, tout s’est effondré à partir du 17 novembre, date de la première manifestation des gilets jaunes. Le Black Friday du vendredi 23 novembre n’a pas retourné la tendance et ce mois a enregistré un  repli est de 6,8 %.

Cependant, l’activité a moins reculé en décembre avec une baisse de 3,9 % par rapport à la même période un an plus tôt. En effet, après un recul de 12 % pour la première semaine puis de 8 % durant la deuxième, la troisième semaine, celle juste avant Noël,  a vu les ventes repartir à la hausse.

 

Pour expliquer cette embellie, Procos avance l’explication suivante : une partie des ménages n’ayant pas encore réalisé leurs achats de Noël, elle a préféré acheter dans les points de vente plutôt que sur internet, de peur de voir leurs colis ne jamais arriver à l’heure du fait des blocages routiers. De plus, dès le 26 au matin ont débuté les ventes privées. Pour l’ensemble du quatrième trimestre, le recul est de 2,6 % et de 3,3 % pour l’ensemble de l’année 2018.

Selon différentes études,  l’e-commerce progresse chaque année de 14 % en France.  Pour Procos,  les ventes sur internet des réseaux physiques ont progressé de 8,9 % en décembre et de 13 % sur l’année. « Nous n’avons pas constaté un report automatique des achats du magasin vers le site durant la période des fêtes, remarque François Feijoo. Du reste, la Fevad (Fédération de la vente à distance et du e-commerce – Ndlr)  ne l’a pas remarqué également. En fait,  les achats ont été suspendus. La consommation a marqué un coup d’arrêt. »

Pour étayer ses dires, le président de Procos fait la démonstration suivante. Généralement, un magasin réalise en décembre 85% de son chiffre d’affaires depuis son point de vente physique, les 15 % restants depuis sont site marchand. La première activité a donc reculé de 3,9 % alors que la seconde a progressé de 8,9 %. En net, le chiffre d’affaires global a affiché un repli de 2,5 % par rapport à décembre 2017. « Pour l’ensemble de 2018, le recul global ventes magasin plus internet oscille avoisine 0,8 % », ajoute-t-il.

Par secteur d’activité,  l’équipement de la personne a terminé le mois de décembre avec une baisse de 4,9 %, la chaussure de 4,5 %, et la beauté-santé de 7,3 %. En revanche, l’équipement de la maison, la restauration, l’alimentaire spécialisé ont progressé respectivement de 1,4 %, de 2,6 % et de 0,1 %.  De son côté,  le pole culture-loisir a connu qu’un très léger repli, de 1 %,

«  Le phénomène conjoncturel que nous subissons ne doit pas faire oublier la réforme structurelle engagée par les acteurs de la distribution physique. Les conséquences des gilets jaunes amplifieront-elles cette restructuration ? », s’interroge Emmanuel Le Roch.

Le mouvement actuel est en fait un accélérateur de la transformation profonde du commerce traditionnel que nous connaissons depuis quelques années. En décembre, des magasins et des réseaux ont subi une perte non rattrapable de leur chiffre d’affaires, et des efforts très importants sur les marges rapidement après Noël ont été effectués, ce qui aura des impacts très probables sur les résultats à venir.

« Nous sommes dans l’urgence, conclut François Feijoo, car il  existe un risque majeur pour l’emploi dans les commerces. Janvier est le mois des soldes mais en février et en mars il ne se passe rien. Si l’activité ne redémarre pas,  il y a un risque élevé de dépôt de bilan. » Voilà le gouvernement prévenu, et plus particulièrement Bercy.   

*Précision importante : Procos ne rassemble que les réseaux,  magasins et sites,  mais n’intègre pas les pure players.