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Analyses, réactions, commentaires… Où va le groupe Office Depot France ?

8 months ago

En redressement judiciaire depuis le 5 février dernier, Office Depot France est à la croisée des chemins. Quel avenir pour cette entreprise, acteur historique du marché français depuis 1996 ?  État des lieux et perspectives… 

 

L’histoire aurait-elle tendance à se répéter ? Petit retour en arrière.  À la Une du PNP n° 321 du février 2010, autrement dit voilà onze ans,  nous nous posions déjà cette question :  « La Grande Interview : où va le groupe Office Depot ? » À l’époque, la filiale française était dirigée par Michel Milcent. Alors, bis repetita ? Pas exactement. En 2010, la filiale française était intégrée à un grand groupe international dont le siège social était alors implanté en Floride. Aujourd’hui, comme nous le rappelons dans l’article suivant, Office Depot France fait partie d’une structure indépendante de celle des États-Unis, Office Depot Europe, depuis la scission du groupe en 2016. Néanmoins,  il est toujours intéressant de relire les articles du passé à l’image de cette interview de Michel Milcent, à retrouver sur pnpapetier.com. Extrait.   

- PNP : Certains fabricants craignent un retrait d’Office Depot en France comme cela s’est passé, par exemple, en Espagne… 

M.M. : Comment imaginer un instant qu’un groupe de la taille d’Office Depot puisse se retirer d’un marché en Europe ? Alors que, dans le même temps, nos clients grands comptes réclament de plus en plus des accords transnationaux ?  Quant à l’Espagne, c’est l’exception qui confirme la règle. Car, de l’autre côté des Pyrénées, l’économie est vraiment sinistrée, croyez-moi ! La France est en bien meilleure position. Savez-vous que notre premier marché en Europe est la Grande-Bretagne, puis la France, et enfin l’Allemagne, qui est pourtant le premier marché européen…  Autrement dit, l’Hexagone est notre troisième marché au monde, le premier étant celui des États-Unis naturellement.

On connaît la suite… Et le 5 février dernier, un communiqué tombe,  laconique : « La société Office Depot France annonce avoir été placée en redressement judiciaire afin de faire face aux difficultés majeures liées notamment à la crise Covid-19 qui a directement impacté le plan de transformation lancé par la nouvelle direction à son arrivée en mars 2019. » Pour être tout à fait exhaustif, il s’agit du tribunal de commerce de Lille, car, peut-être ne le saviez-vous pas,  la ville de Senlis au nord de Paris, où se trouve le siège social de la filiale, dépend de la juridiction de Compiègne laquelle est rattachée à Lille… Peu importe.  Interrogé par PNP, Guillaume de Feydeau, président de la filiale française, a tenu à expliquer : « Je suis à la tête de cette entreprise depuis deux ans, entreprise qui était alors très abîmée. Deux ans après, la crise sociale et financière a pu être traitée et un plan de transformation a été élaboré, axé, notamment, sur l’omnicanal et les services clients, plan qui commençait à donner des signes positifs avant que n’arrivent la pandémie et les deux confinements. De plus, je n’ai pas pu bénéficier d’un PGE. »

 

Et d’ajouter : « Je me suis alors retrouvé face à un actionnaire [Aurélius, NDLR] qui souhaite vendre. D’où mon souhait de placer l’entreprise sous redressement judiciaire. C’est, je l’avoue, une décision à la fois difficile et courageuse. Mon objectif unique aujourd’hui est d’ouvrir le capital, avec ou non l’actionnaire actuel, pour la mise en place d’un plan de continuation ou d’un plan de cession. Ce redressement judiciaire nous permettra de trouver une solution ; c’est mon job ! Tous les membres de l’entreprise se battent pour que vive l’enseigne. Je suis au service de la meilleure solution... » Office Depot France a terminé son précédent exercice avec un chiffre d'affaires légèrement inférieur à 300 M€. Inutile de dire que cette annonce du redressement judiciaire a retenti comme un coup de tonnerre même si d’aucuns connaissaient les difficultés du groupe. Et au regard des témoignages et des réactions que nous publions ici, il ressort même un certain soulagement de voir la situation de la filiale française, implantée depuis 1996, se clarifier. Désormais, les dés sont jetés, pour le pire ou le meilleur… 

Les scénarios du possible 

Trois scénarios se présentent. En préliminaire, comme en témoignent les réactions que nous avons recueillies, il est primordial pour la stabilité et la diversité du marché qu'une solution soit trouvée le plus rapidement possible sans attendre la fin de la période de redressement judiciaire en août prochain et espérer une éventuelle prolongation.  

- Le premier scénario, le plus catastrophique pour l'ensemble des salariés qui sont attachés à leur enseigne, serait qu’il ne se passe rien… Faute de repreneur crédible et sérieux, le tribunal de commerce de Lille décide la fermeture définitive de la filiale française. À la rédaction de PNP,  nul ne l’envisage. Mais ce risque de pourrissement de la situation existe. Si cela s’avérait, nous assisterions alors à un dépeçage du groupe et la mise au chômage de 1 600 personnes… 

- Le deuxième scénario est l'exact contraire du premier. Une entité reprend l'ensemble de la filiale française, aussi bien la partie Contract que celle des magasins,  la vente en ligne et les deux entrepôts.  Est-ce réaliste de croire à un tel dénouement vu le contexte actuel ? Certes, les moments de crise sont souvent propices à la réalisation de croissances externes. Mais il faut bien l'avouer, l’univers de la papeterie et des fournitures de bureau n’est pas aussi attrayant et rentable que ceux, par exemple, du luxe et de l’industrie agroalimentaire. Cependant, des coups de théâtre peuvent surgir. Je pense à un homme,  Serge Weinberg, président de Weinberg Capital Partners (WCP), une société de capital investissement spécialisée dans le redressement des entreprises. Certes,  cette structure ressemble étrangement à l'actuel propriétaire d’Office Depot, mais l’état d'esprit n'est pas le même. D’une part,  WCP est signataire de Label Relance/Choose my Company, et, d’autre part,  Serge Weinberg connaît bien la profession. C’est lui-même, alors qu’il officiait au sein de PPR (devenu ensuite Kering),  qui a cédé en 2003 le fournituriste Guilbert au groupe…  Office Depot, avant d'investir bien plus tard dans le groupe Bruneau pour une période de trois ans avant de céder ses parts en 2017. Et le groupe Bruneau est aujourd'hui une très belle entreprise. 

- Le troisième scénario serait la vente par appartements. Entendez par là la cession des activités  de la filiale à des entités différentes. C’est la plus probable. Prenons celle liée aux magasins. Les 60 points de vente sont jugés par la majorité des acteurs du marché comme étant la plus rentable, la plus prometteuse. Leur emplacement est premium ; on ne compte pas moins de 23 Office Depot City dans les différents arrondissements de la capitale. Une telle chaîne de magasins de proximité pourrait intéresser bon nombre d’acteurs. On peut en distinguer trois : d’une part,  des enseignes de la profession qui souhaiteraient développer leur réseau. Mais elles seraient alors confrontées à d’éventuels doublons avec leurs adhérents et seraient alors tentées de piocher.  Ce qui aurait pour conséquence de désagréger le réseau Office Depot et de le rendre du coup moins attractif pour d’autres repreneurs aux yeux du tribunal de commerce. D’autre part,  et cela semble plus probable, un pure player y voit là l’opportunité de créer enfin sa propre chaîne de magasins. D’aucuns pensent à Amazon. Enfin, une enseigne qui souhaite s’implanter en France, qui plus est, au cœur des villes, voire une enseigne déjà présente en France mais pour l’instant agissant dans la périphérie de la papeterie, comme Stokomani par exemple. Un fait est certain, les magasins Office Depot devraient continuer à exister, en s’appuyant sur le site marchand (quid des deux entrepôts ?). 

En revanche, cela semble plus difficile pour l’activité Contract. Les fournituristes de bureau ont subi en 2020 une forte dépression et ils sont à la recherche de diversification dans leurs offres et leurs services, et tous les acteurs présents sont en ordre de marche à l’image de Bruneau et de Fiducial Office Solutions. Investir dans ce secteur serait pour le moins périlleux… 

Ainsi, Office Depot Europe se sépare d’une de ses plus belles filiales ce qui est pour le moins incompréhensible car le groupe demeure toujours actif , notamment en Allemagne et au Benelux.  Quoi qu’il en soit, Office Depot France doit vivre au nom de la diversité ! Et comme le souligne Stéphanie Verrier, président de l’AIPB (Association des industriels de la papeterie et du bureau), «  L’histoire n’est pas finie... »  L’histoire d’Adveo est là pour le prouver ou encore celle de JPG en pleine renaissance grâce à Raja… 

F. L.  

 

Repères… : Implantation des magasins 

Aix-En-Provence, Amiens, Annecy, Antony, Arras, Beauvais, Besançon, Béziers, Bordeaux, Brest, Cannes, Chambéry, Chartres, Clermont-Ferrand, Colmar, Dijon, Essonne (Ballainvilliers et  Évry Villabé), Évreux, Issy-les-Moulineaux, La Rochelle, Le Mans, Levallois-Perret, Lille, Lorient, Lyon, Marseille, Melun, Metz, Montpellier, Mulhouse, Nantes, Neuilly-sur-Seine, Nice, Orléans, Paris, Pau, Perpignan, Plan de Campagne, Poitiers, Reims, Rennes, Rueil-Malmaison, Saint-Étienne, Sartrouville, Seine-Saint-Denis (Aubervilliers, Rosny-sous-Bois), Senlis, Strasbourg, Toulouse, Tours, Troyes, Val-d’Oise (Éragny, Gonesse, Argenteuil), Val-de-Marne (Saint-Mandé, Créteil), Valence, Vannes, Vendenheim, Villeneuve-d'Ascq.

 

Repères… Office Depot France

- Siège à Senlis

- Création : 1996

- Effectif : 1 600 personnes 

- CA 2020 : un peu moins de 300 M€

- Activité : pour moitié la partie magasins (60 points de vente), et VAD, et Viking, et pour moitié la partie « Contract » avec deux axes, d’une part, les grands comptes, et, d’autre part, le Small Medium Business (SNB)

Points de vente : en périphérie et cœur des villes (enseignes Office Depot et Office Depot City, dont 23 uniquement à Paris) 

- Deux centres logistiques : Senlis, dans l'Oise, et Meung-sur-Loire, dans le Loiret  

- Filiale d’Office Depot Europe (Aurelius Group, société de capital investissement)